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Frein de langue : quelles recommandations aujourd'hui ?

Publié le 06 avril 2023 — 8 Min de lecture

SOMMAIRE

    Qu’est-ce que le frein de langue ?

    Aussi désigné sous les termes de « frein lingual » ou de « filet lingual », le frein de langue est une structure musculaire et membraneuse, située sous la langue.

    Une petite bride, entre la langue et le plancher de la bouche

    Le frein de langue est un muscle très fin, qui se termine par une petite membrane muqueuse. On le distingue du frein de la lèvre supérieure (ou frein labial), situé entre la gencive supérieure et l’intérieur de la lèvre supérieure. Le frein de langue est situé sous la langue, au milieu de sa face inférieure. Lorsque l’on soulève la langue, c’est cette membrane muqueuse qui relie la langue au plancher de la bouche et aux os des mâchoires, tout en permettant à sa partie antérieure de bouger librement.

    En temps normal, la structure du frein est assez lâche pour permettre à la langue de s’étirer à l’extérieur de la bouche : cela permet notamment au bébé et au jeune enfant de pouvoir téter facilement, avec une bonne prise en bouche du sein. Il joue un rôle essentiel dans le mécanisme de déglutition. Indispensable pour le développement symétrique de la langue et des lèvres, le frein participe aussi au bon développement des os de la bouche.

    Une membrane parfois trop courte, ou trop serrée

    Mais il arrive parfois que le frein soit trop court, ou qu’il ne soit pas implanté au bon endroit : un frein « antérieur » (trop en avant) retient la langue et a tendance à lui donner une forme de cœur. Le frein peut aussi être postérieur, mais trop rigide : un frein « serré » est par exemple souvent à l’origine d’une langue plutôt plate et arrondie. Lorsque le centre de la langue est retenu par un frein trop serré (les fibres sont trop rigides), un « couloir » peut se former au milieu (les côtés de la langue remontent).

    Lorsque le frein est trop court ou trop serré, cela peut gêner la mobilité de la langue (on parle aussi d’« ankyloglossie »). Si cette anomalie congénitale se retrouve chez environ 5 % de la population (et plus souvent chez les garçons), ces bébés n’ont pas systématiquement des difficultés à se nourrir.

    Mais chez certains, un frein restrictif peut avoir des conséquences sur l’allaitement : le bébé n’arrive pas à téter correctement, et cela provoque chez la mère des douleurs au niveau des mamelons. D’autres troubles peuvent aussi se manifester plus tard chez l’enfant. C’est la raison pour laquelle les médecins proposent parfois de sectionner le frein chez le bébé et le jeune enfant (frénotomie).

    Dans quels cas le couper ?

    Un frein de langue trop court ou trop serré peut être à l’origine de difficultés d’allaitement. Après avoir confirmé l’existence de ce trouble, le médecin peut proposer de le sectionner.

    Pour éviter certaines complications

    Comme vu plus haut, un frein trop court ou trop serré peut avoir des conséquences sur l’allaitement et la succion du bébé : l’enfant a du mal à prendre correctement l’aréole et à garder le mamelon en bouche, il ne se nourrit pas suffisamment et ne prend pas de poids. Les tétées sont trop longues et il se fatigue vite. Il peut aussi souffrir de coliques (il avale de l’air) et de constipation (il ne boit pas assez).

    Mais cette difficulté peut également être à l’origine de plusieurs troubles chez la mère : l’apparition de crevasses sur les mamelons (dues aux frottements de la langue), des douleurs pendant l’allaitement (brûlures), un engorgement des seins (qui ne sont pas assez vidés), ou parfois même une infection du sein (mastite). Si les seins ne sont pas assez stimulés, cela peut aussi engendrer une insuffisance de lactation (manque de lait pour nourrir le bébé).

    Plus tard, cette mauvaise mobilité de la langue peut aussi continuer à gêner l’alimentation de l’enfant (difficultés à avaler), et être à l’origine de troubles du langage (difficultés à prononcer certains sons, à embrasser, à rire, à siffler ou à souffler dans certains instruments de musique…). L’enfant a parfois tendance à pousser sa langue vers l’avant, ce qui peut aussi engendrer des troubles orthodontiques (un palais trop étroit, des dents mal positionnées, une constriction maxillaire…). Lorsque la langue est maintenue au fond de la cavité buccale, la respiration par le nez peut être difficile, et les affections ORL fréquentes (otites, ronflements, apnée du sommeil, caries dentaires…). Dans certains cas, l’enfant peut même avoir du mal à sourire.

    Comment se déroule une frénotomie linguale ?

    Face à ces difficultés, les parents consultent en général leur pédiatre. Le médecin étudie les symptômes décrits, et réalise un examen clinique (un frein trop serré a par exemple une texture dure et rigide). Si le frein est restrictif (trop court ou trop épais), il peut proposer de le sectionner. La frénotomie linguale est une petite intervention, qui consiste à couper le frein de langue trop court. Elle est à distinguer de la frénectomie : cette ablation du frein (ou exérèse) permet de libérer totalement la langue.

    Pratiquée sur les nouveaux-nés et les bébés, la frénotomie est une section du frein en son milieu. Elle est réalisée par un médecin spécialiste (ORL ou chirurgien-dentiste), à l’aide d’un bistouri et d’une canule spécifique. L’intervention est rapide, et le bébé peut rester dans les bras de sa mère. La rééducation passe ensuite par des mises au sein répétées et régulières. Si la frénotomie est réalisée chez un enfant plus grand, elle peut se faire au laser froid (après une légère anesthésie de la zone, pour rester indolore).

    Les recommandations de l’Académie nationale de médecine

    En avril 2022, l’Académie nationale de médecine a publié en avril 2022 un communiqué intitulé « Coup de frein à la frénotomie linguale chez les nouveau-nés et les nourrissons ! » pour alerter sur la pratique excessive de la freinotomie linguale, sans qu’elle soit toujours nécessaire (en France et dans le monde entier).

    Ainsi, l’Académie nationale de médecine émet aujourd’hui « les plus grandes réserves quant à l’intérêt et l’innocuité de ce geste invasif à risque d’effets secondaires ». Selon elle, la frénotomie ne doit pas être pratiquée en l’absence de difficultés d’allaitement (même si le frein est trop court ou trop épais).

    En cas de difficultés à allaiter, d’autres pistes doivent d’abord être évoquées (à l’aide de différents professionnels de santé) : la frénotomie doit rester exceptionnelle. En cas de frein lingual antérieur court ou épais, une frénotomie aux ciseaux peut être réalisée (après échec des autres mesures non chirurgicales, et après information des parents sur les bénéfices / risques). Elle doit être suivie d’une mise au sein immédiate (avec prescription d’un médicament antalgique). Elle recommande enfin de mener des études rigoureuses sur le sujet, et d’améliorer la prise en charge des difficultés d’allaitement.

    L’allaitement reste en effet plus complexe que la prise d’un biberon, et les éventuelles difficultés de mise au sein peuvent être simplement dues à une faible quantité de lait, à des mamelons plats ou rétractés, ou à un mauvais positionnement de l’enfant.

    Penser à adopter les bonnes positions pour faciliter l’allaitement

    Pour un allaitement confortable et une succion efficace, il est indispensable de savoir bien mettre son bébé au sein. Douloureuses et longues à cicatriser, les crevasses dues à l’allaitement sont en effet souvent provoquées par une mauvaise position de l’enfant.

    Pour bien positionner son bébé pendant l’allaitement, il faut d'abord placer son ventre contre celui de la mère. L’oreille, l’épaule et la hanche du bébé doivent rester alignées, et son oreille ne doit pas toucher son épaule (il ne doit pas avoir une position tordue). Le menton de l’enfant doit être contre son sein, et sa bouche ouverte, en direction de l’aréole. Pour bien téter, il doit pouvoir mettre tout le mamelon et une partie de l’aréole dans sa bouche (avec effet de ventouse). La mère ne doit pas se pencher pour allaiter : c’est l’enfant qui doit aller vers le sein.

    Au début de la tétée, l’enfant réalise en général des succions plutôt courtes et rapides. Elles deviennent ensuite plus lentes et plus profondes (alimentation active). Lorsqu’il a fini sa tétée, il se décontracte (jusqu’à parfois s’endormir au sein).

    Si l’allaitement est inconfortable ou les mamelons douloureux, il est recommandé de retirer le bébé du sein, pour lui faire adopter une meilleure position. La bonne position d'allaitement est parfois longue à trouver, mais indispensable pour profiter d’un moment agréable et serein.

    Sources :

    https://www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2022/04/PCRA-23-Coup-de-frein-à-la-freenotomie-linguale.pdf

    https://www.radiofrance.fr/franceinter/arretez-de-couper-le-frein-de-langue-des-bebes-l-academie-de-medecine-alerte-sur-cet-acte-souvent-inutile-9665804

    https://www.lamaisondesmaternelles.fr/article/frein-de-la-langue-quand-faut-il-operer

    Frein de langue : quelles recommandations aujourd'hui ?

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